Démarrer la naltrexone s’accompagne en général d’effets indésirables, mais la plupart sont légers, prévisibles et disparus au bout de deux semaines. Le plus difficile, c’est de savoir quelles sensations font partie de l’adaptation normale et lesquelles signalent que quelque chose ne va vraiment pas. Cet article passe les deux en revue, pour que tu ne passes pas ton premier mois à te demander si chaque petit signe veut dire qu’il faut arrêter.

Cet article fait partie de notre hub Naltrexone, le guide complet de l’usage de la naltrexone contre l’alcool, avec la posologie, la méthode Sinclair et la façon d’aborder l’ordonnance avec ton médecin.

# Ce que tu vas probablement ressentir les deux premières semaines

Le corpus d’essais cliniques sur la naltrexone orale est vaste et cohérent. Environ une personne sur trois qui prend 50 mg par jour rapporte un effet indésirable, et c’est la même petite série d’effets qui revient encore et encore. D’après une revue des essais sur la naltrexone publiée sur PubMed Central, la plupart des personnes qui en ressentent les décrivent comme légers, et ils ont tendance à disparaître d’eux-mêmes en une quinzaine de jours.

Les plus fréquents, classés par la place qu’ils occupent dans les essais :

  • Nausées : de loin les plus fréquentes. Environ un tiers des patients des essais les rapportent. En général au pire les tout premiers jours.
  • Céphalées : à peu près un quart des personnes.
  • Vertiges ou sensation de tête légère : environ une personne sur huit.
  • Troubles du sommeil : également autour d’une personne sur sept.
  • Anxiété : environ une personne sur huit, souvent décrite comme une sensation d’être « sur les nerfs ».
  • Fatigue ou baisse d’énergie : variable, mais fréquente.
  • Perte d’appétit : fréquente, et en général pas mal accueillie.
  • Vomissements, gêne abdominale, diarrhée : moins fréquents que les nausées isolées, mais du même registre.

Si tu ressens plusieurs de ces choses à la fois pendant la première semaine, tu as une réaction à la naltrexone parfaitement classique. Pénible, mais attendue.

# Combien de temps ils durent vraiment

C’est la question à laquelle la plupart des gens veulent une réponse, et les données sont rassurantes. La revue PMC note que les effets indésirables « ne surviennent en général qu’en début de traitement » et que la plupart sont spontanément résolutifs, c’est-à-dire que ton organisme s’adapte et qu’ils s’en vont sans qu’il y ait quoi que ce soit à faire.

Une chronologie approximative utile :

  • Jours 1 à 4 : pic de nausées et de céphalées, énergie basse
  • Semaine 1 : encore perceptibles, mais plus modérés
  • Semaine 2 : la plupart des gens ont passé le plus dur
  • Semaine 3 et au-delà : les effets indésirables se sont estompés ; si quelque chose te gêne encore à ce stade, parles-en à ton médecin

Si les effets indésirables sont aussi forts en troisième semaine qu’au troisième jour, ce n’est pas une adaptation normale, et ton médecin voudra sans doute revoir la dose ou écarter autre chose.

Une lumière douce de lever du jour filtrant à travers un rideau, évoquant un nouveau jour après une nuit difficile.
Foto von Mikhail Nilov auf Pexels

# Moins fréquents, mais bons à connaître

Un second niveau d’effets indésirables apparaît chez un plus petit pourcentage de patients. Aucun n’est habituellement grave, mais ça vaut la peine de savoir les reconnaître :

  • Bouche sèche
  • Douleurs musculaires ou articulaires
  • Baisse de la libido
  • Rêves très vifs ou inhabituels
  • Légère irritabilité
  • Éruption cutanée

Si l’un d’eux apparaît et s’installe, signale-le à ta prochaine consultation. Ça ne veut en général rien dire de dangereux, mais un médecin doit être au courant.

# Les effets indésirables graves : quand appeler tout de suite

La plupart des personnes sous naltrexone ne verront rien de ce qui suit. Mais tu dois savoir ce qu’il faut guetter, parce que la différence entre « laisser passer » et « aller aux urgences » compte.

# Problèmes hépatiques

La naltrexone porte un avertissement encadré de la FDA (black-box warning) sur l’atteinte hépatique, ce qui sonne plus effrayant que ce ne l’est. L’avertissement vient d’études anciennes utilisant des doses très élevées (de 100 à 300 mg par jour) chez des patients obèses. À la dose standard de 50 mg pour l’alcool, une atteinte hépatique grave est rare. La Cleveland Clinic signale ces signes d’alerte :

  • Douleur dans la partie supérieure droite du ventre
  • Jaunissement de la peau ou du blanc des yeux (ictère)
  • Urines foncées, couleur thé
  • Selles pâles ou décolorées
  • Nausées ou fatigue sévères et persistantes

Si l’un de ces signes apparaît, arrête le médicament et appelle ton médecin le jour même. Une simple prise de sang pour les enzymes hépatiques lui dira s’il y a un problème. La plupart des prescripteurs font un bilan hépatique de référence avant de commencer, puis un contrôle environ un mois plus tard, par précaution.

# Changements d’humeur : dépression ou idées suicidaires

Un petit pourcentage de patients sous naltrexone rapportent une humeur qui se dégrade ou, rarement, des idées suicidaires. C’est répertorié comme un effet indésirable grave sur toutes les notices officielles. Si tu constates que ton humeur baisse nettement, en particulier avec des pensées de te faire du mal, contacte tout de suite un médecin ou une ligne d’écoute. En France, le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond gratuitement 24 h/24. En Belgique, le Centre de Prévention du Suicide est joignable au 0800 32 123. Aux États-Unis, il existe la 988 Suicide & Crisis Lifeline.

# Réaction allergique sévère

Rare, mais possible. Urticaire, gonflement du visage ou de la gorge, difficulté à respirer. Appelle les secours. Ne prends pas d’autre dose.

# Interaction accidentelle avec un opioïde

Celle-ci n’est pas un effet indésirable de la naltrexone en elle-même. C’est une conséquence de son mode d’action. La naltrexone bloque les récepteurs opioïdes. Si tu prends un opioïde (prescrit ou non) sous naltrexone, deux choses peuvent arriver : il n’agira pas comme tu t’y attends, et tu risques d’être tenté d’en prendre plus, ce qui augmente nettement le risque de surdose. Dis à chaque médecin et à chaque dentiste que tu consultes que tu es sous naltrexone, avant toute intervention.

Une personne au repos dans une lumière douce du jour, le genre de récupération sans hâte dont profitent les premières semaines sous naltrexone.
Foto von cottonbro studio auf Pexels

# Comment rendre les deux premières semaines plus faciles

Les effets indésirables sont en grande partie inévitables, mais quelques petites choses peuvent en adoucir la pointe.

Prends-la avec de la nourriture. Fractionner le comprimé de 50 mg entre le petit-déjeuner et le dîner, ou le prendre après un vrai repas, réduit fortement les nausées chez la plupart des gens. Le comprimé agit de la même façon que ton estomac soit vide ou plein. Il n’y a aucune raison clinique d’être à jeun.

Hydrate-toi correctement. Les maux de tête et les vertiges de la première semaine répondent bien au fait de boire plus d’eau que tu ne le penses nécessaire. Vise l’équivalent de deux grands verres en plus de ta consommation habituelle.

N’empile pas les nouveautés. Si tu peux éviter de démarrer d’autres nouveaux médicaments, des compléments ou des changements de vie importants la même semaine que la naltrexone, fais-le. Ça rend bien plus facile de savoir ce qui cause quoi si quelque chose cloche.

Le sommeil compte. L’insomnie est l’un des effets indésirables les plus fréquents, et une mauvaise nuit rend tout le reste plus pénible. Prends la dose plus tôt dans la journée si le sommeil devient un problème, et dis-le à ton médecin si ça dure plus d’une semaine.

Note ce que tu ressens. Des notes au jour le jour pendant le premier mois, même une seule ligne, rendent beaucoup plus simple de voir si quelque chose s’améliore ou s’aggrave. C’est utile aussi quand tu parles à ton médecin au rendez-vous de suivi.

# Si les effets indésirables sont assez pénibles pour te donner envie d’arrêter

Certaines personnes passent la première semaine sans encombre. D’autres trouvent les nausées ou l’anxiété plus difficiles à encaisser et se demandent si le médicament en vaut la peine. Avant d’arrêter, parle à ton prescripteur. Il y a en général trois pistes à essayer d’abord : descendre à une demi-dose pendant une semaine puis remonter, passer de la forme orale à l’injection à action prolongée (Vivitrol), ou essayer un autre médicament contre l’alcool (l’acamprosate et le nalméfène ont des profils d’effets indésirables très différents).

Arrêter d’un coup n’est pas dangereux avec la naltrexone. Il n’y a pas de sevrage, parce que ce n’est pas une substance dont ton organisme devient dépendant. Mais arrêter sans plan revient souvent à avoir traversé la pire semaine d’effets indésirables pour rien. Une courte conversation avec ton médecin avant d’arrêter est en général payante.

# Comment AlcoLog aide sur ce point

AlcoLog enregistre chaque dose de naltrexone avec un horodatage, pour que tu voies exactement quand tu l’as prise et à quelle fréquence. Le minuteur de reprise permet d’espacer correctement les doses pendant le premier mois, quand les effets indésirables sont au plus fort.

L’app ne suit pas elle-même les données subjectives d’effets indésirables. Pour ça, un journal séparé, papier ou numérique, marche mieux : note tes nausées, ta fatigue, tes maux de tête et ta qualité de sommeil jour après jour pendant les deux premières semaines. Associe les horodatages de la carte Médicaments d’AlcoLog à tes notes subjectives, et tu obtiens un schéma utile à discuter avec ton médecin au suivi d’un mois.

Essaie AlcoLog gratuitement →

# Plus dans ce hub

[HUB SIBLINGS LIST]

En lien dans un autre hub : La hangxiety expliquée. L’anxiété est un effet indésirable fréquent de la naltrexone, et elle peut s’ajouter à l’anxiété du lendemain que beaucoup de buveurs connaissent déjà.

Retour au hub Naltrexone →